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Archives pour septembre 2009

Déçue

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Le lendemain, ô surprise…le sol était recouvert d’un fin voile blanc.
Il avait neigé pendant la nuit.
Le petit chevreau, séparé de sa mère, seul dans le parcage de la remise, devait avoir froid…
Elle gicla de son lit. Descendit rapidement se vêtir avec ses affaires confiées au barreau du poêle-cuisinière. Ouvrit les volets.
Oh non !
Le grand-père sortait par la porte béante de la remise avec un précieux bol de « sangué » qu’il allait faire frire à la poêle pour son petit déjeuner.

- Tu l’as tué ?!
- N’y vas pas. Je le préparerai tantôt. Viens déjeuner avec moi.

Horrifiée. Déçue.
Elle remonta le perron. Referma les volets. Regagna son lit. Glissa habillée sous l’édredon encore chaud de la nuit.
Elle n’aimait pas ce plat annuel que le vieux appréciait. Même en l’arrosant généreusement du vinaigre de  vin maison…

Son grand-père comprenait sa réprobation.
Il avait sacrifié tôt la bête uniquement pour qu’elle ne voit pas le touchant animal. N’ait pas de peine en le laissant partir à la mort.
Mauvais moment à passer.
Le jour de Pâques, elle remercirait grand-mère  pour le succulent rôti trônant sur la table, au milieu de sa cour de pommes de terre rissolées dans le jus.


 (A suivre 19)
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Bol d’air !

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Heureusement, après un voyage de quatre heures : l bol d’air !

Ah ! marcher sur la terre ferme. Dans les petites rues étroites. Tortueuses. Sombres. Une petite main emprisonnée dans la paluche chaude de l’aîné. L’autre portant fièrement sa mallette en carton pleine de dessins pour mémé et grand-père.

Au bout du trajet …la maison !
Sitôt les enfant revenus au bercail les volets étaient fermés.

- T’as le chevreau ?
- Oui. Je suis allé le chercher hier à Sigonce.
- Je vais le voir.
- Non. Tu le verras demain. Il est temps de manger et d’aller te coucher.
- Tu lui feras pas mal ?
- Tu voudrais qu’il reste vivant. Jouer avec lui dans le pré. Mais en manger rôti pour Pâques.
- Oui…

Le rire sonore du grand-père résonna en cascade d’échos dans la maison. Réveilla l’aïeule qui réclama aussitôt la petiote.

Les vacances pascales pouvaient commencer.

(A suivre 18)

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Le car

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- Nanette, je n’irai pas chez nous pour les vacances de Pâques.
- Mais moi ?
- Toi, je te confierai au car. Tonton ira te chercher à l’arrivée. Je reste avec Pierre. Ton papa doit faire escale.
- Je veux le voir !
- C’est pas possible. Il faut que tu « prennes l’air ». C’est trop petit ici. Tu le verras la prochaine fois.

Elle tourna la tête afin que sa mère ne voit pas les larmes qui menaçaient de couler. Personne. Papa ou mémé.
Mais quand seraient-ils ensemble comme avant !

Le jour du départ le tramway les conduisit assez près du bureau des cars. La mère économisait les tickets. Elles terminèrent à pied les derniers tronçons. Arrivèrent essoufflées au bar qui abritait le point de vente des billets.

On la présenta au chauffeur qui assura la cliente de toute son attention envers cette jeune passagère qu’il devait remettre au terminus à l’oncle.
Pour plus de sécurité, la place située à droite du chauffeur lui fut attribuée.
Ce fut pendant des années sa place réservée.

L’odeur du car. Du carburant.
Les virages…
Autant de gênes qui rendaient la fillette malade.
Les jours de départ elle ne mangeait pas. Ne buvait pas. Prenait un petit cachet de Notamine. Cachait dans une poche un petit sachet. Hantée par la peur de ses faire remarquer en arrêtant le car…

 

(A suivre 17)

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Enfin le printemps !

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Enfin le printemps !

Les classes retrouvèrent leurs élèves.
Les maîtresses leur sourire.
Les rues leurs passants.
La vie monotone reprit..

Les dimanches ?
Assis sur une vieille couverture mitée, relique de l’armée, le bambin de 18 mois jouait avec une boite de cubes.
La mère préparait une purée ; avec les pommes-de-terre envoyées par colis, via le car effectuant la desserte village natal/ville.
La fillette feuilletait le vieux dictionnaire familial donné par l’aïeule.

Les croquis retenaient toute son attention.
Elle s’appliquait à déchiffrer les légendes.
La minuscule pièce était silencieuse afin de ne pas provoquer les griefs de la voisine du dessous. Celle-ci frappait au plafond en hurlant des injures au moindre déplacement dans la pièce.

Nanette avait peur de cette mégère.
De ses deux filles.
Tellement qu’elle se retenait au maximum d’aller aux toilettes. Un WC commun étant installé au rez-de-chaussée ; à l’entrée du petit couloir desservant les deux appartements ouvriers.
Chaque fois que la famille s’en servait, les harpies sortaient de leur logement. Secouaient la porte des commodités. Ébranlaient toutes les cloisons. Proféraient des insanités.

Nanette se demandait comment des  femmes pouvaient être aussi méchantes avec trois personnes qui ne leur faisaient rien.

(A suivre – 16)

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Rigueur !

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Cet hiver-là l’écolière apprit la valeur du terme : rigoureux.

Rigueur du temps. Corps frigorifié. Pieds gelés. Mains cyanosées.
Rigueur de l’esprit. Regard assassin de la maîtresse d’astreinte qui ne manquait pas chaque jour de lui demander, ulcérée, pourquoi sa maman l’envoyait à l’école.
Rigueur du coeur. Un coeur assoiffé de tendresse. Qui rentrait seul à la maison. Se cachait presqu’aussitôt sous la couverture de sa paillasse dans le recoin du sas ; tandis que mère et bébé dormait dans la chambrette.

Ni mémé, ni papa n’étaient là pour prodiguer leur affection.

Fallait survivre à ce désert affectif.
Alors, dès que son corps s’était réchauffé. Que les mortifications du jour étaient digérées. Nanette prit l’habitude de penser. Recréer le monde.

Un jour son père resterait avec eux.
Ils habiteraient une vraie maison. Dans une vraie nature.
Mémé vivrait avec eux ; aurait sa chambre.
Tous les enfants mangeraient à leur faim ; ce qu’ils voudraient.
Toutes les écolières porteraient de jolies habits ; avec des couleurs gaies.
Les maîtresses ne seraient pas méchantes avec les petites filles seule en classe ; s’occuperaient d’elle au lieu de les gronder.
Les rues seraient propres.
Tous les clochards auraient une habitation…

Bras repliés sur ses oreilles pour atténuer les bruits de la rue, elle s’endormait enfin. Pelotonnée comme un petit chat dans sa corbeille.
Inventant un monde meilleur…

 

(A suivre – 15)

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La rentrée

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Cette année-là Nanette apprit qu’il y a pire que la rentrée :
la préparation de la rentrée !
Sa mère lui fit faire tous les magasins de chaussures de la grande ville pour essayer des souliers. Noter les prix. Revenir au « meilleur marché« .

- Madame ?
- Je viens pour la paire vue jeudi dernier. Celle à trente francs.
- Quel modèle ? Montrez-moi dans la vitrine…Les paires de ce modèle sont vendues.
- Avez-vous un modèle équivalent ?
- Asseyez-vous, je vais voir en réserve.

Elles s’assirent dans un coin. Le vendeur revint quelques minutes plus tard ; caché par une pile de boites. Essayages. Indication de prix. Veille de la rentrée. La mère devait faire un choix.

- Tiens-toi droite !…Vous n’auriez pas la taille au-dessus ?
- Mais, Madame, regardez au contrôle visuel. C’est la bonne pointure.
- Je préfère une taille au dessus. Elles doivent faire trois ans.

C’est ainsi que toute son enfance l’écolière fut mal chaussée.
La première année son pied s’élargissait-nageait dans ses souliers bourrés de coton.
La deuxième année le cuir avait pris une forme blessante.
La troisième année ses orteils se recourbaient douloureusement à la pointe de groles finissantes.

Cependant, raisonnable, Nanette comprenait très bien les problèmes financiers dont se plaignait continuellement sa mère.

Ce qu’elle appréciait moins, c’était d’être la seule écolière de la classe à être accoutrée d’une pèlerine sombre. Toutes les autres avaient des imperméables avec de vraies manches. Leur corps était bien enveloppé. Leurs mouvements pas entravés.

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(A suivre – 14)

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La fougasse aux anchois (13)

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Car la fougasse aux anchois préparée par le grand-père maternel…
Ca c’était divin !
Un des rares repas où Nanette réclamait sa part.

Ces journées étaient simples mais heureuses.

D’abord le grand-père, demeurant quelques maisons en amont, arrivait le matin. Deux grandes plaques en fer à la main, un sac de l’autre.
Plaques posées, il sortait les ingrédients du sac. Bocal d’anchois au sel.
Bouteille de SON huile d’olive.
Un pot de SES olives noires.
Fallait ouvrir, nettoyer les poissons.
Puis, tandis qu’il les écrasait au pilon, Nanette faisait du goutte-à-goutte avec le précieux liquide.
Quand la garniture atteignait la consistance et le volume désirés, pépé étalait le pâton sur les plaques huilées recouvertes d’une couche de pâte-à-pain achetée plus tôt au fournil. Quelques pincées d’herbes de Provence.
Parts anticipées grâce à la disposition des olives.
L’oeuvre était prête !

Alors, « fiers comme Artaban »,
ils amenaient piétibus leurs merveilles au fournil du boulanger qui leur faisait cuire pour midi, après les fournées du matin.

Ensuite, souvent le pépé descendait au village prendre l’apéro avec des vieux de sa classe.
 

Nanette restait au fournil.
Elle aimait voir l’artisan travailler.
Surveiller ses pains à travers la vitre du four à bois. Choisir les pelles convenant aux différentes préparations. Pétrir. Former. Fariner. Cisailler. Sortir la précédente cuisson. Enfourner la suivante. Ranger.

Et quelle odeur !
Quels chants de la croûte qui gonfle. Se dore. Éclate.
Prévient : « Je suis prête. Sortez-moi ! Voyez comme je suis appétissante ! Posez-moi au centre de votre table. Bénissez-moi ! Mangez-moi ! Je ressusciterai demain… »

On était loin de l’odeur de la rue de l’ancienne savonnerie.
A cette pensée Nanette frissonna de déplaisir.
Bientôt la rentrée.
Dans une semaine la Grande École !
Plus près de la maisonnette ; donc dans la triste rue de ce pauvre quartier paisible, où l’usine désaffectée avait laissait son intempestive empreinte.

 

(A suivre – 13)

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T’as bougé ! (12)

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Clac ! Clac ! Clac !- Nanette monte. Mémé appelle.
- Laisse-la terminer sa fougasse !
Le grand-père prenait parfois la défense de la gamine corvéable à merci.

- Un jour elle va casser sa canne.  A taper ainsi.

Femme énergique. Dynamique. Veuve à 24 ans. Jamais remariée. Toujours vêtue de noir. Ayant survécue à trois guerres. L’aïeule souffrait de son immobilité. De son isolement. Une vie de dévouement à son fils unique. A sa petite-fille. A ses deux arrières-petits-enfants.
Dans le respect des dix commandements de Dieu. Elle s’acheminait vers  son dénouement adouci par l’affection inconditionnelle de Nanette. Supportée par une foi profonde entretenue avec des chapelets et des neuvaines quotidiens.

- J’y vais pépé. Mais gardez-moi ma part !

Nanette grimpa la trentaine de marches conduisant à la chambre bleue où résidait l’impotente.

- Tiens. Prends mon assiette. Assieds-toi un peu près de moi. Je vais demander au pendule si tu as été sage ce-matin.
Les longs doigts noueux saisirent une longue chaîne en argent retenant une montre, posée sur la table de nuit.
- Aide-moi. Que je me cale dans les oreillers pour ne pas glisser. Bouger. Bien.

Les bras frêles colés au corps décharné ; l’avant-bras pointé vers le ciel ; la main perpendiculaire crispée, l’aïeule respira longuement. Regarda la petiote.
- Dis mois Pendule, Nanette a-t-elle était sage ce-matin ?

Un regard attentif suivait le rituel de la questionneuse.
- T’as bougé !
- Mais non.
- Si, t’as bougé la main !
- Mais non. D’ailleurs l’esprit me dit que tu as été sage. Que tu aimerais finir ta fougasse. Allez. Vas-y ! Attends ! Descends aussi les couverts.

Nanette, revint prendre le plateau. Descendit en courant.
- A t’à l’heure mémé !

(A suivre – 12)

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Ces retours ! (11)

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Heureusement, il y avait la maternelle.
Elle découvrait cahiers, crayons, plumes, encre, tampons-frises, images en couleurs, etc.

Malheureusement, il  y avait Benoit et sa bande.
Ils n’arrêtaient pas de se moquer d’elle. Ses gros vieux souliers. Sa vilaine mallette en carton pour serviette-couverts-cantine et goûter. Pire, les incessants sobriquets chantés aux récréations : « Tomate pourrie »,  » Tomate farcie », etc. Les méchants petits canards se moquaient de son nom, de ses vêtements modestes, de la couleur de ses cheveux « poil de carottes ».

L’année de transition fut péniblement longue : éclairée par les vacances scolaires au village natal.
Ces retours ! La fougue de la marche le long des rues tortueuses, sombres, qui menaient au portail du « Champ Bon » ; où l’attendait leur maison « Au Bien-Etre ».

Ce bien-être Nanette le ressentait surtout les matins d’été, quand réveillée la première elle descendait en chemise de nuit. Ouvrait les battants de la porte-vitrée. S’assaillait « à la fraîche » pour voir l’aurore éclaircir l’horizon vallonné. Diffuser ses harmonies de rouges-roses-violets, se métamorphosant en disque d’or incandescent sur les strates de bleus divins.

Pour apprécier ses minutes, communier avec l’air matinal, il fallait s’appliquer à descendre les marches de l’escalier sur les tomettes provençales rouge. Éviter impérativement les contremarches en bois. Sinon un grincement intempestif alertait l’oreille fine de mémé !

Alors elle réclamait aussitôt sa présence. La privant de son petit bonheur secret. 
Ensuite la journée ne lui appartenait plus. Sa mère régentait l’emploi du temps. Aller chercher pain-lait-journal au centre. Se dépêcher de ramener salade et oeufs du Bastidon. Faire une sieste obligatoire jusqu’à 16 heures. Tenir compagnie à l’aïeule, installée la journée dans une large chaise fauteuil.
Car, en leur absence, mémé était tombée. S’était cassé le col du fémur. Plus peut-être ?

Voir sa longue idole noire cloîtrée. Alitée. Clouée du fauteuil au lit et du lit au fauteuil, désolait l’enfant ; très attentionnée toutes la journée pour les repas, les bavardages, la prière du soir…espérant se faire pardonner la feinte du matin.

(A suivre – 11)

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Déchirement ! (10)

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Cet hiver-là l’associé de l’atelier de réparations mécaniques partit avec la caisse.Le père, qui avait quitté la Royale, (où il s’était engagé afin d’éviter le STO en Allemagne), sur la demande de sa jeune épouse, (alors qu’il aurait souhaité y faire carrière), fut contraint d’accepter un emploi de chauffeur-graisseur sur un cargo.

La mère et les deux enfants le suivirent au port d’attache.
Déchirement : Mémé ne pouvait pas venir !
L’appartement ne comptait que deux minuscules piécettes.

Dès le début Nanette n’aima pas la ville.
Trop de bruits. Trop de monde. Trop de clochards dormant dans les rues sales..l’épouvantaient. Et cette odeur acre. Tenace. Suffoquant les habitants de la rue où dominaient encore les vestiges de l’ancienne savonnerie.

Si il y avait Mémé !
Elle l’emmènerait au jardin du Pharo, voir la carriole traînée par le joli âne harnaché. Elles pourraient distribuer des miettes de pain aux pigeons. Surtout elles admireraient l’immensité bleue. Changeante. Mouvante. La mer. Scintillante. Chantante. La Méditerranée. Cruelle qui retenait son papa !

Mais, pas cette présente réconfortante. Pas ces ballades espérées. L’exiguïté d’un logis de 16m2. Une piécette où vivre sans pouvoir circuler. Une autre où dormaient mère-fils et père quand il était présent.
Elle, elle dormait sur une paillasse casée dans un recoin du sas les séparant où était la porte d’entrée.

(A suivre – 10)

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12

Il était une fois…

Puisse cette histoire intimiste
vous apporter un peu d'évasion
vous rappeler des souvenirs
ou vous amener à méditer sur la société de consommation...

Auteur:

lunebleue

Catégories

L’absence

L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent ;
Il éteint le petit, il allume le grand.

Bussy-Rabutin

L’amitié

Un des plus grands bonheurs de cette vie,
c'est l'amitié ;
et l'un des bonheurs de l'amitié,
c'est d'avoir à qui confier un secret.
A. Manzoni

Le devoir

Je ne connais que deux belles choses dans l'univers :
le ciel étoilé sur nos têtes
et le sentiment du devoir dans nos coeurs.

. E. Kant

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Un homme avec Dieu
et toujours dans la majorité.
John Knox

Doute

Dans le doute
abstiens-toi.

Zoroastre

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Epitaphe

Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.

Scarron