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Tu as fait un voeu ? (6)

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Les dernières piqûres de la série, destinées à soigner angine-toux chroniques et petite anémie furent plus facilement acceptées. Une autre thérapie était annoncée.
Dorénavant elle devrait souffler ou respirer dans un tuyau sortant d’une machine. L’exercice biquotidien était pénible mais pas aussi douloureux.

Deux années tristounettes s’écoulèrent.
Elle voyait peu ses parents.
Le bébé dormait tout le temps.
Heureusement il y avait mémé !

L’aïeule la distrayait grâce aux croquis-dessins d’un vieux dictionnaire Larousse, aux trésors de formes-couleurs de la boite de boutons.
Surtout il y avait la rituelle promenade digestive de 13 heures.
Même l’hiver le froid ne les empêchait pas de sortir.
L’adulte couvrait bien son arrière-petite-fille du manteau qu’elle avait tiré d’un ancien de la mère. Lovait un cache-nez de sa confection autour du cou fragile. Enfonçait un bonnet sur le front. Puis, s’étant protégée à son tour, elles partaient.
Après deux kilomètres de marche…Les Arquets.
De vieilles voûtes en pierre présentaient un abri plein sud. L’une d’entre elles offrait le rafraîchissement d’une fontaine moyenâgeuse. Les mains jointes recueillaient patiemment le goutte-à-goutte. Abreuvaient les bouches sèches.

- Tu as fait un voeu ? Tu sais la fontaine est miraculeuse !
- Pour Saint-Pancrace !
- Tu peux aussi essayer les autres jours…Qui sait ?

La longue silhouette noire s’assaillait sur un châle étendu sur l’herbe sèche.
La fillette cherchait des trésors : une fleur, un escargot, un quartz, etc.
L’adulte sortait son petit ouvrage d’une grande poche…
Alors Nanette regardait le jeu des cinq petites aiguilles sans bout qui fournissaient en chaussettes la maisonnée.

Certains jours la tricoteuse amenait un grand sac. Elaborait un châle. Initiait l’enfant aux rudiments du tricotage. Monter les mailles. Point mousse. Point jersey…

Lorsque le soleil commençait à tracer une ombre sous la voûte qui les abritait, les tricoteuses rangeaient l’ouvrage. Prenaient le chemin du retour. Soucieuses de rentrer avant la brise du soir.

Alors commencçait un autre rituel.
L’arrière-grand-mère cherchait dans le placard quelques ingrédients pour le goûter. Nanette appréciait quand il était possible de se régaler avec du pain perdu. Elle suivait attentivement tous les gestes de son icône noire.
Tranches fines dans le quignon de la ville miche. Bref passage dans l’assiette du lait. Deux tours rapides dans l’assiette présentant le jaune d’oeuf battu. Chant dans la poële noire préchauffée sur la cuisinière.
Même s’il n’y avait plus de sucre, la gourmande remerciait la fée qui lui offrait des tranches dorées restaurant leur force.
Parfois un « vin chaud » sucré, pompé par des « mouillettes », les revigorait. Elle appréciait mois les « lait de poule »…
Quelque soit le choix de l’aïeule, la petiote suivait affectueusement admirative tous les gestes de sa mémé. Sa mémé ! Elle savait tout faire !

(A suivre)

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Viens (5)

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- Mais où est donc passée cette petite !

Blottie en haut du raide escalier, contre la porte du galetas fermé à clé où séchaient aulx et champignons, la récalcitrante fit la sourde oreille.

Son petit frère venait de prendre son biberon du matin. La soeur n’allait pas tarder à arriver avec son énorme sacoche cachant ses outils de torture.

La bambine ne voulait plus qu’on lui pique les fesses parce qu’elle avait mal à la gorge. N’avait pas faim. Elle préférait guérir au sirop. Les bleus récoltés après des semaines de visites bi-quotidiennes rendaient sa position assise trop douloureuse malgré la couverture pliée en guise de coussin.

- Nanette. Viens. Sois sage. Viens voir mémé. Ne m’oblige pas à monter te chercher. J’ai plus de 80 ans. Les escaliers me fatiguent. Sois sage. Descends. Tu sais…le petit Jésus te voit. Tu lui fais de la peine…

Faire de la peine au petit Jésus !
Le petit Jésus de la crèche. Que le méchant roi avait voulu tuer. Le petit Jésus qui était venu apporter l’amour sur la terre…Que l’on avait cloué sur la Croix …Ah ça non ! Elle ne voulait pas lui faire de la peine !

Elle descendit en courant.
Dans la petite cuisine-séjour-entrée de la vieille maison de village la soeur sortait ses boites en fer. Dans l’une elle choisit une aiguille. Dans une autre elle retira une seringue. Puis elle sortit une ampoule d’une boite en carton.

L’aiguille gloutonne aspira le liquide. Recracha une gouttelette.
L’aiguille cruelle se tourna vers la patiente. Se pointa vers elle.

- Allez. Tourne-toi. Baisse ta culotte.

La voix machinale de la soeur la glaça. Comme à l’accoutumée elle se tourna livide. Resta figée. L’aïeule s’assit. La courba sur ses genoux. L’infirmière chercha un certain temps une zone rose ou se poser, frotter son coton écoeurant imbibé d’éther.

- Faudra demander au docteur s’il n’y a pas un autre traitement. Je ne sais plus où piquer.

La suppliciée se sentit revivre. Enfin une grande comprenant ses douleurs ! Immédiatement après la piqûre elle se releva. Remonta sa culotte. Prit la main tortionnaire. L’embrassa.

- Merci boubou…boucou… 

(A suivre)

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Rebondissements

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Rebondissements dans BLOG fleurCette année-là fut fertile en rebondissements. Le père perdit son emploi. La mère se plaignait de nausées. L’âïeule confia ses économies à sa petite-filles pour que le couple se lance dans une association avec une relation garagiste installée dans la cité natale.

Nanette était désolée. Mangeait de moins en moins. Faisait angine sur angine.
Les grands ?
Toujours énervés. Toujours occupés à chercher des cartons. A faire des paquets.
Elle était invisible.
Les soirées belotes étaient supprimées. La bambine décida de faire comprendre son mécontentement. Elle ne s’habillerait plus toute seule. Elle ne lacerait plus ses souliers.

Tous les matins, avant d’aller à la ville pour un « petit boulot de soudure« , son père devait se baisser pour nouer ses noeuds.
- Voyons ma grande ! Tu savais les attacher cet été. Pourquoi ne le fais-tu plus ? Nous avons beaucoup de soucis. Ta maman attend un bébé. Ce n’est pas bien de faire un caprice.

Comment ! Même lui, son papa chéri, ne la comprenait pas.
Elle était seule du matin au soir. Sans jouet. Sans occupation. Le jardinet était désert. Elle étouffait dans ce petit cabanon envahi d’affreux cartons.

Mémé essayait bien de lui consacrer tout son temps disponible. Mais la mère, absente jusqu’alors, l’accaparait par ses plaintes incessantes.

Elle vivait les derniers jours de son petit paradis, rythmé par les ballades au bosquet, les soirées belotes.
Adieu bonheur de l’innocence totale…de la prime enfance…

(A suivre)

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Mais où est cette petite ?

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Mais où est cette petite ? dans BLOG fleur- Nous n’irons pas chez les Ripert ce-soir. Le patron de Joseph nous a invités pour le dessert.

Nanette était bouleversée. Elle ne verrait pas Riri.
Elle devrait mettre sa robe du dimanche. Promettre d’être sage. Assise sans jouet. Sans parler. Ne pas demander d’aller aux toilettes…C’était impoli.

Dans la confortable villa les rires fusaient ; résultat d’une collation abondante convivialement arrosée. Les hommes égrenaient leurs souvenirs de guerre sous le regard respectueux de leur épouse.

Oubliée au fond d’un fauteuil, au coin du salon la patience de Nanette fit place à une irrésistible curiosité. Sans bruit, elle se faufila dans la maison. Passa en revue toutes les pièces. Arriva dans la chambre. Jamais elle n’avait vu une pièce aussi grande. Avec autant d’objets. Chez les Ripert, il y avait un lit et une chaise pour déposer les vêtements. Là deux fauteuils encadraient un lit immense recouvert d’un merveilleux édredon aux fleurs brillantes. Qu’il était joli ! Et les deux tablettes. Les deux lampes. Elle s’approcha d’un chevet. Ouvrit le tiroir. Un objet noir remplissait l’espace. Elle le saisit vaillamment.

- Mais où est cette petite ?
- Nanette !
- Elle ne peut pas être bien loin. La porte d’entrée est fermée à clé.
- Mon Dieu !

Un cri de stupeur horrifié résonna dans le couloir. Les adultes terrifiés, agglutinés sur le pas de la porte, louchèrent du pistolet au sourire de la bambine. D’éternelles secondes les glacèrent d’impuissance.

- Mon Dieu ! Il n’y a pas le cran d’arrêt !
- C’est pas raisonnable !
- Nous avons eu des rôdeurs près du garage..
- donne ça Nanette. Donne. Donne !
- Laisse-moi faire. Ne t’énerve pas. Ce n’est pas le moment
.

Sur ces mots le père s’approcha lentement en souriant.
- Nanette, nous allons partir. Pose ce que tu as pris sur le lit.

Elle les regardait tous. Pourquoi cette gêne ? Pourquoi ne la grondaient-ils pas d’avoir désobéi ? L’objet devenait très lourd dans ses deux petites mains jointes.

- Pose Nanette. Pose que nous allions souhaiter le bonsoir aux Ripert. A Riri.

Que ne l’avait-il dit plus tôt !
Sans hésitation elle lança son embarrassante proie sur le lit. Courut vers la porte de sortie. Sous l’effacement soulagé, stupéfait, des adultes abasourdis.

(A suivre)

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Riri de mon coeur

 *
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Riri de mon coeur dans BLOG fleurAprès deux bonnes heures de vagabondage, comme d’habitude, les deux Saint-Aubanaises rentraient. Le seau plein, trop lourd, était confié à l’adulte. Un petit bouquet de merveilleuses feuilles mordorées, ramassées pour offrir à papa-maman, ravissait la marcheuse fatiguée qui traînait la patte.

La vie de Nanette était rythmée strictement.
Assiettées solitaires avant le repas des grandes personnes. Escapades au bosquet de chênes. Soirées hebdomadaires avec des amis qui habitaient un des jolis pavillons Péchiney.

Elle attendait avec impatience les fins de semaines.
Surtout le jour où ce n’était pas les Ripert qui venaient avec leurs chaises pour de longues parties de cartes. Surtout le soir où elle accompagnait ses parents, chaises en mains, pour les mêmes distractions chez ce charmant couple qui avait deux adolescents.

Nanette était très obéissante le samedi.
Ce-jour-là aucune peine pour faire avaler sa cuillerée d’huile de foie de morue à la maigrichonne. Pour lui badigeonner la gorge avec cet affreux liquide bleu révulsant.

Le samedi était jour de fête. Elle voyait « Riri de mon coeur » !

Car, si elle aimait sa famille. Admirait son papa par -dessus tous. Elle n’avait jamais pensé se marier avec lui. Comme souvent les petites filles. Oh non ! Nanette avait un grand secret. Quand elle serait grande, elle se marierait avec ce grand brun qui préparait le bac. Qui la prenait doucement sur les genoux afin qu’ils surveillent les joueurs… »Aucune triche ! » Les beloteurs, qui remplissaient une cagnotte destinée à réveillonner avec les gains des parties, souriaient gentiment de la passion de cette fiancée de deux ans.

Les temps étaient durs en ce début d’après-guerre.
L’alimentation frugale, déséquilibrée. L’équipement ménager inexistant. Mais si les oreilles de la bambine entendaient les récriminations de la mère, les paroles sages de l’aïeule, elle se contentait de son assiette de Blédine ou de sa soupe cube-cheveux d’ange…D’ailleurs mémé lui faisait en cachette des tranches dorées délicieuses avec le pain rassis.

Surtout…il y avait « Riri de mon coeur » !

(A suivre)

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Mémé…menémené ?

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*

La fraîche chambre vétuste, trônant au dernier étage du vieil hôtel particulier édifié au Moyen-Âge, retentissait des cris de colère de l’ombrageuse provençale.

- Non ! Non ! Non ! …Je ne le ferai pas !

Affalé dans le fauteuil ornant ce prestigieux mais délabré appartement, fatigué par des heures de visites sous le cagnard d’août 47, le médecin souriait.

- Je ne le ferai pas pour toi ma petite.

Interloquée par si peu de compassion, la future mère se rallongea sur le lit. Une nouvelle contraction la fit hurler. Les heures  passèrent.
Puis deux années.

- Mémé ! Mémé ! Menémené ? Mémé ! Menémené ?

L’aïeule, grande idôle gainée de noir…chaussures, bas, longue robe, châle..se pencha vers la petiote, étirée sur la pointe de ses petons, qui tendait ses bras, ses joues…pour des bisous.

- Pas aujourd’hui Nanette. Qu’as-tu fait ce-matin ? Quelle sottise ?

- Mémé ! Menémené !

- Tu ne passeras plus par le trou du grillage pour aller-chez la voisine ? Je suis vieille. Je ne peux pas passer où tu t’enfiles. Je dois faire un grand détour. Deux chemins. Deux portails. Tu ne le feras plus ? Sinon je serai toujours trop fatiguée pour sortir en forêt…

- Et totue ?

L’aïeule sourit devant l’air consterné de la fugueuse. Évidemment si elle  s’enfilait dans un trou de souris, entre deux cabanons de la cité ouvrière, ce n’était pas pour ennuyer sa mémé-chérie. C’était pour rencontrer un animal curieux qui sortait la tête de sa maison dès qu’elle lui offrait des feuilles de salade chipées dans le potager.

- Mémé ! menémené

La petiote revenait à la charge ; embarrassée…paletot d’une main, seau de l’autre.

- Mémé ! Menémené …menémené…

Visage angélique incliné. Sourire doux. Regard espiègle. L’arrière-petite-fille jouait le grand jeu.
Comme lors de chaque tantôt ensoleillé Emma couvrit Nanette. Clencha le portail du petit jardinet. Fit mine d’aller droit devant.

- Non. mémé. Là !

Un index impérial pointait vers le ciel la direction à prendre. La saucisse de l’aéroport. Un petit bois jouxtait la piste. Son repère fascinait la promeneuse impénitente.

(A suivre)

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Merci d’être là

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Roman

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http://lunebleue.unblog.fr/2009/09/12
Mémé…menémené ?

(Dans la page LIENS références des billets suivants)

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Il était une fois…

Puisse cette histoire intimiste
vous apporter un peu d'évasion
vous rappeler des souvenirs
ou vous amener à méditer sur la société de consommation...

Auteur:

lunebleue

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Epitaphe

Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.

Scarron