Page d'archive 2

Le MONDE

giflfotat.gifUn nouveau cycle annuel débutait.
Père navigant sur des transatlantiques reliant l’Europe à l’Amérique du Sud en 45jours aller-retour. Mère à la maison. Frère pensionnaire dans un lycée technique.

- Pourquoi es-tu si en retard ! Je ne veux pas que tu traînes en route. Je veux que tu rentres tout de suite !
- Mais maman ! il y avait du monde à la boulangerie ! Tu n’as qu’à sortir acheter le pain dans la journée..
- Ne réponds pas à ta mère ! Tu dois rentrer dès la fin des cours. Ne pas discuter avec des copines. Je me fais du souci. Je suis responsable de toi !

Elle préparait son BTS dans un établissement situé à l’autre bout de la grande métropole.
S’il ne pleuvait pas elle s’y rendait entièrement à pied. Autrement, elle prenait deux tronçons de deux bus différents pour moitié du chemin.

Elle voulait connaître le maximum de choses.
Dans tous les domaines.
Comprendre.
Elle lisait toujours tout ce qui lui tombait entre les mains.
Maintenant elle achetait tous les matins « Le Monde » ; qu’elle dévorait silencieusement entre midi et quatorze heures dans le bar accueillant sa pause des cours.
Avec elle le patron ne faisait pas de grosses affaires ; un double café. Parfois deux. Mais elle était-là tous les jours ouvrables. Dans un coin. Il était compréhensif.

De toutes les nouvelles disciplines celles qu’elle préférait étaient celles relatives à l’organisation du travail, au droit, l’économie politique…
Les machines, fallait y passer, mais ce n’était guerre folichon.

(A suivre – p.163) – ©

*

ame122521256328gros.gif

*

SALAIRE

giflfotat.gifAvec la fin août, le passage dans le bureau du chef du personnel pour récupérer l’enveloppe avec le salaire.
Son premier salaire !

On lui déclara que si elle voulait revenir l’été suivant, comme elle avait été sérieuse, elle était reconduite.
Elle s’inscrivit  immédiatement.

- Tu reviendras, toi, l’été prochain ?
- Oui. Et toi ?
- Aussi.
- Combien as-tu touché.
- Pas encore regardé…250 francs. Et toi ?
- Cinq cents francs.
- C’est pas possible. On a fait le même travail. Les mêmes jours. Ils ont dû se tromper. Je vais demander.
- Pas la peine. Regarde. Tu n’es pas majeure…Moi si.
- Les mineurs touchent la moitié ?! Pour la même tâche. C’est pas juste !

Elles se séparèrent devant l’arrêt du bus que prenait Eliane ; après s’être souhaité courage pour la nouvelle année d’études.

Pendant la longue trotte qui la conduisait chez elle Nan fulminait !
Toucher la moitié du salaire pour une question d’âge !
Alors là voilà bien une idée de tordus !!!
Marchant mains dans les poches de sa veste légère elle tripotait nerveusement et néanmoins contente l’enveloppe contenant les premiers billets gagnés grâce à son travail…

(A suivre p.162) ©

*

ame122521256328gros.gif

*

MASTURBATION…

giflfotat.gif- Et toi ?

- Moi ?
- Tu te masturbes ?
- Comment ?

Il rougit.
Comprit qu’elle était d’un innocence incroyable.
Bien qu’une ardeur cachée semblait l’habiter…
Il l’attira. Taquina son nez avec le sien. Mordilla ses oreilles. La serra fortement. Ivre de joie.
Une force vitale explosa dans leur colonne vertébrale. Irradia leurs muscles.

Leurs coeurs cognaient dans leurs écrins, comme pour échanger des messages codés.
Ils restèrent enlacés. Immobiles. Silencieux.
Chacun imaginant leur future vie.

Pour la première fois la séparation de fin d’été fut triste.
Ils étaient malheureux tous les deux de se quitter onze mois.
Les parents décidèrent que pour les vacances pascales elle le rejoindrait dans les brumes du nord.
Ils lui feraient découvrir le plat pays…

(A suivre – p. 161) ©

*

ame122521256328gros.gif

*

ELLE ?…

giflfotat.gifElle, elle voulait apprendre quelque chose tous les jours.
Comprendre le monde. Dans tous les domaines. Selon ses capacités.
Combien de fois regrettait-elle de ne pas avoir de facilités en math !
D’autant plus que cette matière devenait une discipline de sélection.
Comme si l’humanité était une morte équation-technique…

Ouvrages terminés ils échangèrent leur position.
Il s’appuya contre le tronc du pin parasol, tandis qu’elle posa sa tête sur ses genoux repliés.

- Tu crois que nous tiendrons trois ans ?
- Tiendrons ?

- J’aimerais honorer la promesse faite à mes parents. Sa femme on la respecte jusqu’au mariage. Ensuite on lui est fidèle.

- Seigneur ! pour la fidélité sûr de sûr ! …Pour le reste…Je ne me pose pas la question en ces termes…Mais…Lui seul…Pour toujours.
Et réciproquement. 
C’est-à dire, pour l’homme, après le mariage. J’ai trop entendu les vieilles. Les histoires…la conclusion :
« Il vaut mieux pour un garçon faire sa jeunesse avant…qu’après ».

- Tu n’as pas à t’inquiéter. Je ne suis pas un coureur. Je vais réduire ma masturbation. Il paraît que ça peut tuer le désir…

Masturbation ? Elle entendait se mot pour la première fois. Se promit de regarder dans le dictionnaire dès son retour. Elle n’allait lui demander. Paraître stupide.

(A suivre – p 160) ©

*

ame122521256328gros.gif

*

LUI ?…

giflfotat.gifIls passèrent les dernières journées du séjour touristique en adolescents sages, sous la tutelle bienveillante des deux familles ; contentes du balbutiement de leur amourette.
Fini le tennis. Le nouveau copain de Magali aidait ses parents à la ferme. Elle le rejoignait à vélo.
Finis les après-midi avec les bazarettes.
Ce fut un premier été à deux.
Matin chez les parents. Après-midi en balades-photos.

- Ta marraine de coeur te demande si tu lui feras des ouvrages en lavande pour sa vitre de la fête votive.
- Évidemment.
- Tiens voilà les gerbes qu’on lui a offertes.

Elle enveloppa aussitôt les tiges dans un torchon humidifié, afin qu’elles ne sèchent pas. Restes souples pour le tressage avec rubans satinés.

- Tu me donnes des sous pour acheter les rubans.
- Vas chez Micheline. Je paierai ce tantôt.

Ainsi fut fait.
Ensuite elle prépara son panier d’osier par la balade de 15 heures. Lavande, rubans, épingles, ciseaux.
Il arriva. Ponctuel.
Elle prit son panier. Descendit du perron.
Ils grimpèrent vers les ombrages de la pinède entourant la Citadelle.
La fraîcheur de la terrasse-est les accueillit.
Elle s’appliquait à tresser des vases, des pipes, des bouteilles en lavande.
Les grands objets décoreraient les étagères.
Les petits parfumeraient les armoires à linge.

Il admirait sa dextérité. Prenait des photos. Déclarait ses projets.
Il n’avait jamais autant parlé !
Il serait ingénieur dans deux ans. Travaillerait. Mettrait de l’argent de côté pour acheter leur maison. Continuerait à faire des stages de formation permanente pour améliorer sa situation. La couvrir de fourrure, pour qu’elle n’ait pas froid dans son Nord.
Si elle voulait travailler, elle pourrait, au début. Ils s’équiperaient plus vite.
Mais dès l’apparition de leurs enfants elle se chargerait uniquement de leur éducation. De la maison. Ils seraient heureux. Amour. Travail. Enfants. Famille.

De temps en temps elle levait la tête de son ouvrage pour regarder ses yeux.
Le bleu habituellement clair et transparent montrait une couleur trouble.

Il lui paraissait sincère.
Elle était bien près de lui.
Leur vie semblait vouée au déroulement d’un long fleuve tranquille…
Pas un peu trop monotone ? Conditionnée ?

(A suivre – p159) ©

*

 

ame122521256328gros.gif

*

 

PRETE ?…

giflfotat.gifS’agissait-il d’être prête ?
Elle se s’était jamais posé ce genre de question. Il s’agissait surtout de ne pas se tromper. Que ce soit Lui. Le Seul. L’Unique. Celui pour lequel elle serait, Elle. la Seule. l’Unique.

Il avait posé la main sur son épaule. Le chemin du retour fut aérien. Silencieux. Il s’était passé quelque chose. Quelque chose commençait.
Le commencement engendrait espérance et peur…

- On arrive au camping. Je garde ta raquette pour demain matin. Mais…peut-on se voir ce-soir ?
- Tu disais ?
- Il y a une troupe de passage cette semaine, veux-tu que nous allions les voir ? On se voit peu cette année…
- Ah la scène en plein air, place Mistral ?
- Oui.
- Je pense que ma mère permettra. Elle t’apprécie beaucoup.
- Je viendrai te chercher à 20h30.

Ils avaient l’air de deux santons devant l’entrée du camping.
Soudain ils se séparèrent souriant et gênés. Chacun heureux de constater que l’autre se retournait pour voir encore celui-celle qui s’éloignait.

(A suivre – p158) ©

*

ame122521256328gros.gif

*

PHOTOS…

giflfotat.gifLe cadre sec, ensoleillé, les faisait petits devant Dame nature.
Il s’approcha. Avança la main pour déplacer une mèche de cheveux. S’engaillardit à toucher sa joue pour la diriger vers une meilleur prise de lumière.


Qu’il était doux dans ses gestes. Elle obéit à toutes ses suggestions.
 » Plus à droite…mains enlaçant les genoux…visage tourné vers lui, en regardant le ciel…pas si haut… »
Leurs yeux se regardaient.
Elle appréciait depuis des années sa gentillesse. Sa politesse.
Elle le voyait pour la première fois.
Peut-être parce qu’il ne lâchait pas son visage.
Peut-être parce que ses yeux bleus devenaient ardents et troubles.
Peut-être parce que le soleil sur sa nuque dessinait une auréole autour de ses cheveux blonds très courts.
Peut-être parce que pour la première fois elle reconnaissait un émoi. Une attirance partagée. Née au bout de plusieurs années de complicité épistolaire.

Il approcha son visage. Ses yeux noyés dans les siens.
Leurs lèvres se frôlèrent.
Il l’attira vers lui. Bascula sur le dos. L’emprisonna doucement. Fortissimo. Sur sa poitrine.
Leur coeur battait la chamade. Ils ne pensaient plus. Ne bougeaient plus. Ils étaient bien. Deux extra-terrestres. Sans corps.
Tourment de l’esprit : était-il son âme-soeur ?
Cette pensée soudaine rempit le charme pour Nan.
Que se passait-il ? Était-ce Lui ?
Il sentit son changement d’attitude. Ouvrit les bras. Elle se releva.

Il se releva. Lui prit les deux mains.
- Regarde-moi. Je t’aime. Depuis longtemps. Je ne savais pas comment te le dire. Peur que tu ne veuilles plus m’écrire. Je crois que maintenant tu es prête…
- Prête ?!

(A suivre – p.157) ©

*

ame122521256328gros.gif

*

SEULS…

giflfotat.gifA la mi-juillet grand pont. Le village.

- Nous sommes les premiers ?
- Bonjour Nan ! Oui. Ils ne vont pas tarder.
- J’espère car c’est Magali qui a la clé. Elle l’a prise hier soir. Le gardien est absent.

Baudoin la regardait intensément. Puis détournait son regard, dès que leurs yeux se croisaient. Il commentèrent à vives voix les sujets évoqués dans leurs correspondances. Leur année d’études. Leurs projets pour la suivante.

- Plus d’une demi-heure de retard. Ils ne viendront plus. Jacques devait la rejoindre devant le magasin de ses parents.
- Ils ont dû aller se promener seuls. Si nous en faisions autant…?

La fin de sa phrase s’évanouit dans sa gorge. Elle lui sourit.
- D’accord.
- Je vais chercher mon appareil photo et déposer nos raquettes.

Ils se dirigèrent vers la tente des parents. Il prit son Kodak. Le couple leur souhaita gentiment une bonne promenade.

- Mes parents t’apprécient beaucoup.
- Ils ne me connaissent pas.
- Ils lisent tes lettres.
- Ça alors ! Moi, il ne faudrait pas que je surprenne ma mère entrain de lire les lettres de mes correspondants. C’est privé. Intime. Un courrier.
- Ne te fâche pas. Ils ne les liront pas toujours. C’est moi qui leur ai proposé. Pour qu’ils fassent ta connaissance. Je suis leur fils unique. Ils se font toujours du souci pour moi.

Elle s’arrêta, étonnée. Le regarda. Regarda le paysage. Aperçu un un énorme rocher plat.
- Si on s’asseyait là-haut ? Le cagnard commence à chauffer. Je n’ai pas de chaussures pour les cailloux des landes.
- Oh ! je veux bien.

Quelques mètres plus loin, ils s’installèrent.
- Je peux faire quelques photos de toi ?
- Si tu veux. Souvenirs de vacances ?

Il la regardait. Ils étaient seuls pour la première fois.

(A suivre – p.156) ©

*

ame122521256328gros.gif

*

COUSCOUS…

giflfotat.gif- Salut les jeunes ! Alors, la semaine est finie !?

- Pas trop tôt ! On cuit dans ces bureaux !
- On ne se fatigue pas trop tout de même…Les chefs sont en congé. Pas beaucoup de feuilles de maladie.
- Demain je dors toute la matinée !
- Moi, je me lève tôt pour trouver une bonne place aux « Catalans’ »
- Pour ma part, ce-soir je fais la fête. En boite avec les copains !
- Alors ? ça arrive ce couscous ! On doit y retourner !
- Attendez les mômes ! Tenez patientez avec cette salade niçoise…offerte par la maison!

Enfin la famille maghrébine au grand complet recouvrit la table de plats. Deux grandes assiettes de couscous. Deux soupières de légumes-bouillon. Deux plats de viandes. Deux bols de sauce rouge.

- Merci ! Hum ! Ça sent bon !

L’aîné de la bande, étudiant habitué qui effectuait sa quatrième saison au service des retraites, prit l’initiative de faire circuler la série. Nan se leva pour l’accompagner à la cuisine remettre les vaisselles vides.

- Si vous en voulez encore, y’a qu’à demander. C’est à volonté. Il en reste au chaud.
- Merci !  ON va d’abord faire honneur au premier service.
- Fallait pas nous attendre !

Les affamés se ruèrent, enfin, sur leur fourchette. Pendant quelques minutes un concert de mandibules régna.
- Nan ? Tu ne prends pas de la sauce ?
- C’est obligatoire ?
- Ca fait partie de la recette !
- Tu ne mangerais pas une bouillabaisse sans aïoli ?
- Goûte !
- C’est de la sauce tomate spéciale.
- Laisse ton grand copain te servir…

Joignant le geste à la parole l’aîné du groupe tartina copieusement semoule, légumes et viandes. Elle ne se méfia pas. Continua à piocher allègrement dans son assiette. A midi elle avait faim car elle ne déjeunait jamais le matin et le trajet à pied brûlait beaucoup d’énergie. C’était son premier couscous. Elle trouvait cette spécialité délicieuse. Copieuse.

- Ouille ! ouille ! ouille!…Ouah ! Qu’est-ce que tu as mis ? T’es fou !

Tous rire aux éclats. Le cuisinier arriva, attiré par le chahut.

- Si c’est pas malheureux ! Gaspiller un si bon couscous ! Ah vous êtes malins ! Donnez Nan. Je vous apporte une autre assiette. Garnie et épicée par mes soins. Ne buvez pas. Faut remanger par dessus. Prenez de la mie de pain en m’attendant. Méfiez-vous de ces ostrogots ! C’est pas comme ça que tu séduiras ta femme ! Grand couillon !

Elle eut la pépie toute la fin de la journée ; avec comme corollaire de fréquentes pauses aux toilettes sous le regard gentiment moqueur et contrit du groupe.

(A suivre – p. 155) – ©

*

 

ame122521256328gros.gif

*

SECU ?…

giflfotat.gifLe grand bâtiment était fermé. La température déjà élevée. Les rues embouteillées. Les trottoirs envahis par des travailleurs pressés.

- Bonjour. Pas encore ouvert !
- Non.  Vous travaillez ici ? Dans quel service ?
- Je ne sais pas. Je ne suis qu’une auxiliaire d’été…
- Moi aussi !

Elles sortirent leur lettre de convocation. Même étage. Service du classement. La camaraderie les lia aussitôt.
D’autres arrivèrent.
A l’heure de pause quotidienne, consacrée au rapide casse-croûte, elles s’installaient sur le banc du parking.
Le travail était routinier. Peu intéressant.
Ils étaient une vingtaine de lycéens ou étudiants à sacrifier leurs vacances pour avoir un petit pécule à la rentrée des cours.

Cependant la petite bande de jeunes auxiliaires prit l’habitude de se réunir tous les vendredis dans un petit restaurant de la rue afin d’utiliser les chèques déjeuner de manière sympathique.

Dans ce petit troquet, tenu par un émigré algérien, il suffisait de commander le plat unique que l’on désirait un vendredi pour celui de la semaine suivante.
Charmante manière de terminer une semaine un peu fastidieuse…

 (A suivre – p. 154) - ©

*

ame122521256328gros.gif

*


12345...18

Il était une fois…

Puisse cette histoire intimiste
vous apporter un peu d'évasion
vous rappeler des souvenirs
ou vous amener à méditer sur la société de consommation...

Auteur:

lunebleue

Catégories

L’absence

L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent ;
Il éteint le petit, il allume le grand.

Bussy-Rabutin

L’amitié

Un des plus grands bonheurs de cette vie,
c'est l'amitié ;
et l'un des bonheurs de l'amitié,
c'est d'avoir à qui confier un secret.
A. Manzoni

Le devoir

Je ne connais que deux belles choses dans l'univers :
le ciel étoilé sur nos têtes
et le sentiment du devoir dans nos coeurs.

. E. Kant

DIEU

Un homme avec Dieu
et toujours dans la majorité.
John Knox

Doute

Dans le doute
abstiens-toi.

Zoroastre

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Commentaires récents

Vous devez être connecté à votre compte pour me contacter

septembre 2019
L Ma Me J V S D
« nov    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

Epitaphe

Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.

Scarron