Page d'archive 4

TREILLE !

giflfotat.gifL’été s’annonçait routinier.

Père en mer.
Frère un mois en colo, l’autre chez les grands-parents paternels.
Elle avec sa mère au village ; partageant son temps entre aide-ménagère, auxiliaire de la presse et copines-copains-d’été deux heures par jour.

Manquait mémé.
Elle lui parlait intérieurement.
Se remémorait les soirées d’été où elle était valide et que tous venaient dîner au Bastidon.

C’était devant la petite pièce.
Sous l’abondante treille offrant d’énormes grappes de raisins blancs.
Les plus beaux grains finissaient dans des bocaux en verre remplis de l’eau de vie du bouilleur de cru ; étaient mis à vieillir, en réserve pour les grandes occasions familiales.

Elle, elle aimait surtout que tous soient réunis, décontractés, et savourent « à la fraîche » un frugal repas en attendant le crépuscule..

*

(A suivre p. 143)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

L’UNIQUE ?

giflfotat.gifLes autres correspondants poursuivaient leurs études, leurs amours, dans le cocon familial d’un pays en paix.

La plupart ignoraient tout des drames européens ou asiatiques.

Parallèlement, les lycéennes poursuivaient leurs cursus.
Toutes avaient un petit-ami.
Certaines copiaient l’attitude de leurs flirts. Tenaient un carnet de chasse.
« Si eux ont le droit, pourquoi pas nous ! »
Ils les notaient. Elles aussi.

Nany n’approuvait ni les uns, ni les autres.
Elle trouvait ces façons puériles.
Elle se concentrait sur son seul but : apprendre un métier. Un métier pour continuer à connaître. Être auto-suffisante.

Dans cet état d’esprit elle l’attendait : Lui.
Le Seul.
L’Unique.
Mais qui était-il ? ce double masculin qui viendrait la compléter pour qu’ils avancent à deux sur le sentier ardu de la vie terrestre…plein de pièges. Embûches. Mirages. Épreuves…
Comme les précédentes, leur génération devrait les déjouer. Vaincre pour faire progresser l’Humanité…

L’année passa comme un éclair.
Rythmée aux apparitions du père en mer. Du frère en pension. Des sorties bimensuelles comme cheftaine de louveteaux. Des visites auprès de sa vieille protégée. Des compos et de l’examen de fin d’année.

*

(A suivre – p 142)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

BRUTES !

giflfotat.gifAvec la nouvelle année scolaire commencèrent les premiers retours massifs des français d’Algérie.
Les compagnies maritimes mirent leur flotte à disposition.
Plus de jours de repos.
Les navires embarquaient des militaires. Débarquaient des revenants.
Le temps de remplir la cambuse et de faire les vérifications techniques nécessaires. La boucle continuait. Sans répit
.

L’ambiance sur les quais était violente.
Quelques explosifs furent découverts dans des lieux publics. La Poste centrale fut victime d’un attentat en pleine journée.
Les ménagères stockaient toutes les provisions qu’elles pouvaient trouver. Les rayonnages étaient vides. Les ventes rationnées.

Les quais furent interdits aux familles des navigateurs.
Les sirènes prirent l’habitude de jouer de cacophoniques-concerts, ponctués par des déflagrations retentissantes provoquant des chutes de vitres dans de larges périmètres.
L’OAS faisait peur au peuple qui ne demandait que la paix et la prospérité pour tous.

Dans la même période, la correspondante Vietnamienne avait de plus en plus de mal à écrire. L’informa que bientôt elle devrait rejoindre ses tantes réfugiées au pacifique Cambodge…vrai paradis dans ce monde de brutes.

(A suivre – p. 141)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

 

De G—– ?

giflfotat.gif- Je dois avoir une opinion ?

- Que sûr !
Tu ne vas pas attendre, comme la masse, que d’autres « tirent les marrons du feu » ! Il faut s’engager. Autrement le pire arrive. Crois-moi !
Mon père était juge en Espagne. Il a dû fuir le franquisme.
Notre famille s’est installée en Algérie.
Deuxième exode.
Pourtant il avait promis !
Il avait dit « Je vous ai compris » « Algérie Française ».
Alors ? Pour ou contre De Gaulle ?

Elle le regarda droit dans les yeux. Il était sympathique dans sa sincérité. Elle compatissait à ses malheureuses tribulations. Pour autant elle n’adhérait pas à sa position. Trop catégorique.

- Tu sais, je ne m’estime pas assez informée pour avoir un avis.
Pour moi la guerre est animale barbarie.
Un Peuple a toujours raison de chasser l’occupant.
La seule guerre justifiable est celle où tu défends ton pays.
Les autres sont violations des Droits des Autres.

Il était vif. Pensait normal de vivre au gré ses passions.
Lui demanda de correspondre avec lui qui devait retourner à Paris.
Les lettres furent nombreuses. Rapides. Franches.
Deux ans plus tard demandée en mariage elle refusa.
Il souhaitait foncer dans une histoire, suggérant que s’il était difficile de papillonner toute sa vie avec la même libellule…
il y avait la solution du divorce.
Elle voulait vivre l’Amour total…à vie.
Cette fille était a-normale à ces yeux…ouvrait la porte vers des espérances si profondément cachées…car désespérées…

*

(A suivre – p 140)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

COMMERAGES…

giflfotat.gifL’incident, le lendemain, fit l’objet de commentaires partagés.
Les commerçantes reconnaissaient leur bonne tenue. Les vieilles optaient pour un « chacun chez soi et Dieu pour tous ».

Pour gommer un peu l’image négative de son esclandre au bal populaire, la mère autorisa la récalcitrante à se joindre à la bande de jeunes du village pour le fête votive.
Première journée entre ados parmi une foule d’estivants et indigènes de tous les âges venus soit pour la traditionnelle bénédiction, soit pour pour des heures de plein air occupées à un pique-nique entre amis, jouer aux cartes ou aux boules.

Les plus courageux se dispersaient dans les bois à la recherche de baies sauvages. Voire à dénicher les premiers champignons.
Magali, les copains et les estivants avaient chacun leur chacune.
Quelques uns avaient rejoint les aînés.
La plupart restaient groupées en rond, comme pour un feu de camp, causaient.
En réalité Magali, Joëlle, Fabienne ,François, Michel, Edmond, Georges parlaient. Baudoin et elle écoutaient.

- Alors la rêveuse ! A quoi penses-tu ? Qu’en dis-tu ?

Nanette sursauta. A part Baudoin, le copain d’été correspondant, et Magali elle ne connaissait personne.
- Je dois avoir une opinion ?

(A suivre -p.139)

Copyright

*

 

ame122521256328gros.gif

*

ARABES !

giflfotat.gifElle s’excusa. Ils se remercièrent réciproquement pour les danses.

- Qu’est-ce qu’il y a ? Ce n’est pas onze heures ! On n’attend pas le feu d’artifice ?
- Je ne veux pas que tu danses avec des arabes ! Tout le monde vous regarde !
- Quoi ?
- Tu lui fais trop d’honneur. Ça ne se fait pas.
- Tu sais…ils viennent souvent au magasin. Ils sont corrects. Polis. Ta fille ne risque rien.
- Je ne veux pas !

Nanette quitta la tablée outrée.  Chercha  Magali du regard. Se dirigea vers elle.

- Vous m’accordez cette danse ?
Elle se retourna. L’arabe de sa mère sollicitait sa contribution à la liesse républicaine.

- Bien sûr Karim.

Que c’était bon de faire comprendre à tous ces « biens pensants » qui communiaient au moins une fois à Pâques, qu’on était chrétien par ses actes quotidiens. Notamment l’antiracisme. Qu’un danseur marocain, sympathique, correct, valait un français.

Quelques cadences s’écoulèrent mais une main main s’abattit sur son épaule.
- Viens. Nous rentrons. J’ai mal à la tête.

 (A suivre – p.138)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

I.G.N ?

giflfotat.gifDes danseurs occupaient la piste.
Des enfants couraient entre les indécis.
Des jeunes s’éclipsaient vers le jardin public jouxtant une placette sombre où devait s’embraser le feu d’artifice à minuit.
Magali, Albert, Baudoin discutaient au milieu d’une bande de jeunes ; debout devant le cinéma qui faisait relâche. Elle les rejoignit.

- Vous dansez ?

Nanette se retourna surprise. Un grand jeune homme souriant sollicitait son attention.

- Vas-y. Je le connais. Il travaille pour l’IGN. Il fait partie d’un groupe d’élèves-ingénieurs marocains. Il vient souvent au magasin acheter des Camel. Murmura Magali dans son dos.

- Je ne sais pas danser.
- Je vous apprendrai. C’est un slow. C’est facile. Vous n’aurez qu’à me suivre.

Il avait l’air  gentil. Presque affolé de se heurter à un refus. Elle accepta. Il avait raison. Ce n’était pas sorcier. Ils étaient bien accordés à la musique. Parlaient de leur année écoulée. Comme de  vieilles connaissances…

- Ta mère veut que tu viennes.
- Que dis-tu ? Pas entendu.
- Ta mè-re veut que tu vi-en-nes !
- Pourquoi ?

Nanette continua à danser. Parler avec son cavalier. Quelques airs plus tard une main tira son coude.

- Ta mère exige que tu la rejoignes sur la terrasse. Tout de suite.

(A suivre – p. 137)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

BAL ?

giflfotat.gif- Vous venez au bal ce-soir ?
- Sûr. Répliqua Magali en rangeant les raquettes dans son sac.

Les deux équipes de doubles rendirent les clés au gardien. Rendez-vous fut pris pour 21heures devant le cinéma.

-Tu es sortie avec Baudoin ?
- Non. Tu sais on peut être satisfaite d’avoir un bon copain ! Toi ? Albert ?
- Oui. Tu peux pas savoir comme il embrasse bien ! Mieux que Maxence.
- A 21 heures.

Elles regagnèrent leur maison. Sacrifièrent aux coutumiers après-midi.

- Attends-moi. Je descends en ville avec toi.
- Tu viens au bal ? Tu ne  vas pas  voir le film à la télé chez Claire ?
- Nous allons nous asseoir à une terrasse d’un bar. Elle veut surveiller sa gamine qui doit retrouver des camarades pour la première fois.

Mère et fille se dirigèrent vers la place, dancing d’un soir, enveloppées dans un châle brésilien ramené par le père …absent comme toujours…
Le firmament scintillait d’une myriade d’étoiles, suppléant un éclairage municipal rare.
L’air était parfumé par les rosiers des façades.

- Je la vois. Au café de la Mairie. Minuit au plus tard. compris ?!
- Bonsoir. Asseyez-vous. Je suis venue dès la fermeture du magasin pour avoir une table, des sièges. Que prenez-vous ?
- Un diabolo menthe.
 - Moi rien. Je  vais retrouver Magali et des copains. A plus tard.

(A suivre – p. 136)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

FLIRT

giflfotat.gifL’été revenu elle se fit de nouvelles copines au village.
Toutes avaient un flirt. Elle non. Elle ne voyait pas l’intérêt de faire des brouillons de baisers.
Quand ce serait lui…ils apprendraient ensemble.
S’il était en avance…les vieilles racontaient qu’il valait mieux pour un garçon de « faire la vie » avant qu’après le mariage..il lui apprendrait tout.
Ou l’amour guiderait leurs jeux.
Elle préférait être la bonne copine. Échanger des idées. Des connaissances.

La nuit elle se surprenait de plus en plus à rêver.
Fini l’examen de conscience quotidien.
Exit la lecture…
Elle rêvait de Lui…qui était-il ? Où était-il ? Que faisait-il ? Quand se rencontreraient-ils ?

La fille d’une amie de sa mère, mariée à 16 ans, venait de divorcer à 18 ans.
Comment ne pas se tromper ? Être trompée ?
La seulle grâce qu’elle demandait au « Bon Dieu » c’était d’aimer et d’être aimée. Pleinement. Sincèrement. A vie.

Elle était prête à travailler, s’il le fallait, avec lui ou ailleurs.
A rester auprès des enfants, s’il le fallait, sans arrières-pensées.
A l’aimer de toutes ses forces…Pourvu qu’il ait une belle Âme !

(A suivre – p. 135)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*

ELEGANCE

giflfotat.gifDans le temps présent, elle se demandait pourquoi il l’avait demandé en mariage ?
Sa mère avait raison sur quelques points. Il était élégant. Avait une bonne situation. savait bien se tenir à table. Ingénieur militaire et musicien…il devait avoir maintes conquêtes…

Pourquoi elle ? Parce qu’elle n’était pas moche ? Quelle était sérieuse ? Esprit attentif aux aspects de la vie ?…Il ne la connaissait pas assez pour avoir une opinion.

Elle réalisa soudain qu’elle n’était pas qu’une âme éprise d’une bonne conduite. Un esprit assoiffé de connaissances pour bien agir…
Elle avait aussi un corps…Que les autres semblaient voir avant tout.

Quel ennui un corps !
D’accord pour le laver, le nourrir, l’habiller correctement…Mais avec l’âge de « la beauté du diable« , quelle gêne devant les remarques d’idiots dans la rue…style « Oh les belles tétines » qui la faisaient rougir de honte.
Quel dégoût quand quelque connaissance de la famille se mettait à genoux pour quémander un baiser…

Pourtant rien d’affriolant dans ses deux ternes tenues hebdomadaires.
Une semaine jupe grise plissée, à mi-mollet, avec un pull ras-le-cou.
Une autre jupe marine plissée de même longueur avec un pull marine fait maison.

Quel ennui un corps !
Règles douloureuses irrégulièrement mensuelles. Rougissements à la moindre remarque. Palpitations secrètes lors de rencontres platoniques à la lueur d’un regard ou d’un sourire.

(A suivre – p. 134)

Copyright

*

ame122521256328gros.gif

*


123456...18

Il était une fois…

Puisse cette histoire intimiste
vous apporter un peu d'évasion
vous rappeler des souvenirs
ou vous amener à méditer sur la société de consommation...

Auteur:

lunebleue

Catégories

L’absence

L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent ;
Il éteint le petit, il allume le grand.

Bussy-Rabutin

L’amitié

Un des plus grands bonheurs de cette vie,
c'est l'amitié ;
et l'un des bonheurs de l'amitié,
c'est d'avoir à qui confier un secret.
A. Manzoni

Le devoir

Je ne connais que deux belles choses dans l'univers :
le ciel étoilé sur nos têtes
et le sentiment du devoir dans nos coeurs.

. E. Kant

DIEU

Un homme avec Dieu
et toujours dans la majorité.
John Knox

Doute

Dans le doute
abstiens-toi.

Zoroastre

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne

Commentaires récents

Vous devez être connecté à votre compte pour me contacter

septembre 2019
L Ma Me J V S D
« nov    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

Epitaphe

Celui qui cy maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.

Scarron